Le concept d’« œuvre laboratoire » caractérise mes recherches plastiques depuis trois ans. Je définis cette notion comme une « œuvre en devenir » par son processus et son évolution.
Une œuvre qui peut contenir potentiellement de nouvelles œuvres.
L’intitulé de mon diplôme était « didascalies », présentant des pièces qui jouaient un rôle dans leur propre démonstration.
Les didascalies étant des indications de jeu interprétées par les acteurs, j’ai choisi cette notion qui permettait de définir dans mon travail « une chose qui en montre une autre », des déplacements de sens, ouvrant ainsi sur plusieurs niveaux d’interprétation. Chaque élément qui composait chaque pièce était acteur de l’expérience qui se déroulait. Une fois celle-ci commencée, les éléments choisis réagissaient d’une manière autonome selon leur emplacement, les facteurs extérieurs, et créant aussi de nouvelles surprises. Plusieurs expériences se sont déroulées sur plusieurs mois.
Les phénomènes naturels sont le point de départ et l’inspiration de ces expériences. Je présentais mon diplôme dans deux espaces côte à côte reliés par une cloison amovible.
Le premier conduisait le visiteur dans une semi-obscurité et lui faisait découvrir quatre pièces lumineuses essentielles (réalisées entre 2006 et 2008) de cette recherche de laboratoire.
Ces pièces ( ADN : aperçu de nuage, Soleil vert ou pédaler pour faire lever le soleil, Magma et Jesvit) sont parties d’une même envie de défi et de désir : capturer un paysage et transformer de l’énergie. Les moyens mis en œuvre pour y parvenir ont été de (re)chercher et de réaliser des expériences scientifiques existantes afin de les dévier et de les transformer. Certaines pièces étaient à contempler et d’autres suscitaient la manipulation du spectateur pour les activer.
L’autre espace était maintenu dans la lumière et proposait des phénomènes naturels à observer ainsi qu’une série d’objets d’écoute à expérimenter.
Lorsque l’on entrait sur la droite était disposée une série de tablettes, qui prenait le statut de paillasse de laboratoire. Elles révélaient les expérimentations et les recherches des pièces présentées.
« Stalaktos » est une pièce réalisée sur plusieurs mois et à différentes échelles.
Sur une plaque de métal, le goutte-à-goutte d’eau laissait son empreinte transformée en rouille, pendant qu’une concrétion se formait à 1m60 au-dessus. L’illusion visuelle que le sel était de la glace. Toujours ce défi de capturer un paysage.
Les objets d’écoute (hybridation d’instruments, de machines et sculptures sonores) sont partis d’une même envie de trouver de nouvelles formes d’écoute et de façonner les instruments en conséquence. En expérimentant le son, je souhaitais pouvoir entendre presque l’inaudible, et écouter le son d’une matière comme avec « stéthosphères », objet d’écoute collectif.
« Ormeau » par exemple, est une extension d’un instrument existant (sonotone) qui amplifie et déforme le son ambiant par un canal et un pavillon en faïence.
Mon intention étant de jouer sur une première impression visuelle donnée par la forme et dans un deuxième temps sur l’image mentale provoquée par le son.
Charlotte Charbonnel.